Pourquoi ne soutenons-nous pas le revenu de base inconditionnel ?

La Jeunesse socialiste genevoise recommande de rejeter l’initiative pour un revenu de base inconditionnel malgré ses attraits évidents. Les partisans répètent à l’envi qu’il ne s’agit que d’un vote sur le principe d’un revenu de base, mais on ne peut pas occulter la mise en application d’une telle initiative en cas d’acceptation, qui risquerait d’être bien éloignée des objectifs initiaux. Sans parler des problèmes constitutionnels que l’initiative implique (de nombreux articles devraient être modifiés), le danger principal pèse sur le système de protection sociale. Personne ne conteste l’imperfection de ce système, mais la simplicité du revenu de base n’est sans doute pas apte à répondre à la complexité des difficultés et des besoins des plus défavorisés. Que reste-t-il au citoyen démuni pour qui le montant du revenu de base ne suffit pas ? Il faudra soit remplacer les diverses assurances sociales, mais alors le montant ne peut pas être fixe, soit rendre le système encore plus complexe.

Comment peut-on améliorer la situation des plus défavorisés en considérant, sur le plan socio-économique, chaque citoyen sur un pied d’égalité ? Ce type de réponse libertarienne remet non seulement en cause la plupart des acquis sociaux, mais refuse aussi à tort de reconnaître la complexité des situations fragiles.

Un défaut d’ordre plus général gêne également : le modèle de société nouvelle proposé par le revenu de base inconditionnel met l’argent au centre de toute chose. Le choix de son travail ou l’encouragement aux études et à la vie créative, souhaités par les initiants, dépendent entièrement d’une arrivée d’argent continuelle. Or, il n’est pas souhaitable que notre bonheur dépende uniquement de la somme d’argent que l’on reçoit. Dans tous les cas, le Parlement, qui fixerait cette somme, est à majorité de droite ; et c’est précisément cette droite qui n’hésiterait pas à prendre pour prétexte l’existence du revenu de base pour bloquer toute tentative ultérieure d’avancée socialiste.

Une tension apparaît indéniablement entre le texte aussi concis que vague de l’initiative et les innombrables objectifs des initiants. La jeunesse doit rêver, et le principe d’un revenu de base le permet, mais ne peut pas être irresponsable, devant les graves défauts de l’initiative.

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